"Je suis épuisé(e) à cause du travail"

L’épuisement au travail, au sens large

L’épuisement lié au travail ne se limite pas à une période de surcharge ou à un moment difficile à traverser.
Il s’installe souvent lorsque les exigences, la pression et l’investissement personnel s’accumulent dans le temps, sans véritable espace de récupération. Le travail continue alors d’occuper l’esprit en dehors des horaires, jusqu’à altérer le sommeil, les relations et l’équilibre global.

Cette difficulté peut prendre des formes très différentes selon les contextes professionnels, les responsabilités occupées et la manière dont chacun tente de faire face. Le cas présenté ci-dessous illustre l’une de ces dynamiques possibles.
Les éléments permettant d’identifier la personne ont été volontairement modifiés afin de préserver strictement l’anonymat.

Cas clinique : Marc

Marc, 38 ans, est responsable commercial dans une entreprise de services informatiques.
Lorsqu’il consulte, il se décrit comme « complètement lessivé ». Même lorsqu’il ne travaille pas, il a l’impression d’être encore au bureau. Le week-end, en vacances, ou le soir chez lui, ses pensées restent accrochées aux dossiers en cours, aux clients, aux objectifs à atteindre.

Depuis plusieurs mois, la fatigue ne disparaît plus. Le sommeil ne lui permet plus de récupérer réellement. Là où un week-end suffisait auparavant, il se réveille désormais déjà épuisé, avec la sensation de ne jamais recharger complètement ses batteries.

Progressivement, le travail a envahi toute sa vie. Les journées commencent tôt, se terminent tard, et se prolongent mentalement à la maison. Marc consulte ses mails en permanence, anticipe les problèmes à venir, reste en alerte constante. Sa femme lui reproche d’être absent, même lorsqu’il est physiquement présent. Le dimanche soir est devenu un moment d’angoisse, et le lundi matin donne l’impression de repartir pour un marathon sans ligne d’arrivée.

Marc raconte comment cette situation s’est installée. Au départ, il était motivé, impliqué, désireux de bien faire. Les objectifs ont progressivement augmenté, trimestre après trimestre. Pour tenir, il a développé une stratégie qu’il pensait efficace : travailler davantage, être plus réactif, plus disponible. Répondre aux mails le soir, le week-end, montrer qu’il était investi.

Avec le temps, cette stratégie s’est retournée contre lui. Aujourd’hui, il ne sait plus s’arrêter. Ne pas répondre immédiatement à un mail lui provoque une forte culpabilité et la peur de décevoir. Il décrit un état de vigilance permanente, comme si tout était urgent, tout le temps. Même en vacances, il passe ses journées à consulter sa messagerie.

Les conséquences sont présentes dans toutes les sphères de sa vie. Les tensions conjugales se multiplient. Il a le sentiment de passer à côté de ses enfants, qu’il voit peu en semaine et avec lesquels il manque d’énergie le week-end. Ses relations amicales se sont espacées, jusqu’à disparaître presque complètement.

Son corps lui envoie des signaux qu’il a longtemps ignorés : maux de tête fréquents, tensions musculaires, troubles du sommeil. Pour tenir, il a augmenté sa consommation de café et utilise parfois l’alcool pour tenter de décompresser. Le week-end, il se retrouve souvent amorphe, sans énergie, devant la télévision.

Marc exprime une perte de sens profonde. Son travail, autrefois source de motivation, est devenu mécanique. Il court après des objectifs sans en retirer de satisfaction, avec l’impression de tourner en rond. Paradoxalement, l’idée de ralentir l’angoisse. Il craint qu’en levant le pied, tout s’effondre : la confiance de son employeur, sa place dans l’entreprise, la sécurité financière de sa famille.

Il se sent coincé dans un fonctionnement qu’il sait délétère, sans voir comment en sortir.

Lecture systémique

Dans une approche systémique, l’attention ne porte pas sur les causes lointaines, mais sur ce que la personne met en place aujourd’hui pour tenter de faire face à la situation.

Chez Marc, la stratégie est claire : plus la pression augmente, plus il s’investit, plus il se rend disponible, plus il cherche à tout maîtriser. Cette hyperactivité, destinée à sécuriser sa position, alimente en réalité les attentes de disponibilité permanente et renforce l’épuisement.

Le problème ne vient pas d’un manque d’efforts ou de motivation.
Il vient d’un fonctionnement devenu auto-entretenu, où les tentatives de solution participent au maintien de la difficulté.

Intervention thérapeutique

Le travail thérapeutique a consisté à introduire de légères modifications dans ce système très rigide, afin que Marc puisse vivre des expériences concrètes différentes.

Plutôt que de chercher à se détendre ou à lâcher prise par injonction, il lui a été proposé de canaliser volontairement ses moments d’inquiétude, puis de tester, à petite échelle, ce qui se passait lorsqu’il n’était pas parfaitement réactif ou disponible.

Ces expériences lui ont permis de constater que les catastrophes redoutées ne se produisaient pas, et que son hypercontrôle n’était ni indispensable, ni protecteur. Progressivement, il a pu reconstruire des limites plus ajustées entre son travail et le reste de sa vie.

Et si vous vous reconnaissez dans ce fonctionnement

Si vous traversez ce type de difficulté, que le travail a pris trop de place et que vos tentatives pour tenir, gérer ou compenser n’apportent plus de soulagement, un accompagnement peut être utile.

La thérapie systémique permet de travailler sur les fonctionnements qui maintiennent l’épuisement aujourd’hui, afin de retrouver des marges de manœuvre concrètes.
Vous pouvez prendre rendez-vous si vous souhaitez sortir de ces cercles qui se répètent, même si votre situation ne correspond pas exactement à celle décrite ici.